Licences open source

La seule idée à retenir

Une licence ne pose jamais problème dans l’absolu. Elle pose problème dans un scénario.

La même bibliothèque sous AGPL-3.0 est inoffensive dans un outil interne et fatale dans un backend SaaS. La même bibliothèque sous GPL-3.0 est banale sur un poste de travail et bloquante dans un objet connecté verrouillé. Un composant sous CC-BY-NC est sans conséquence dans une maquette et interdit dans un produit vendu.

Ce qui déclenche une obligation, ce n’est pas le nom de la licence : c’est ce que vous faites du logiciel — le distribuez-vous ? à qui ? sous quelle forme ? l’exposez-vous par le réseau ? l’utilisateur peut-il remplacer le composant ?

C’est pourquoi cette section est organisée en matrice : les familles de licences d’un côté, les scénarios de distribution de l’autre, et ce qui fait le lien entre les deux.

La matrice, en une page

Lecture : ● sans difficulté · ◐ sous conditions, à instruire · ○ à éviter · ✕ incompatible en pratique.

Scénario Permissive Copyleft faible fichier Copyleft faible bibliothèque Copyleft fort Copyleft réseau Source-available
MIT, Apache-2.0 MPL-2.0, EPL-2.0 LGPL-2.1/3.0 GPL-2.0/3.0 AGPL-3.0 BSL, SSPL, ELv2
Cas général ● ◐ ○ ○ ✕ ✕
Backend SaaS ● ● ● ● ✕ ○
Frontend web ◐ ◐ ○ ✕ ✕ ✕
Application bureau / CLI ● ● ◐ ◐ ○ ✕
Application mobile ● ● ○ ✕ ✕ ✕
Bibliothèque / SDK publié ● ◐ ○ ○ ○ ✕
On-premise ● ● ◐ ◐ ○ ✕
Embarqué / IoT ● ● ○ ○ v2 / ✕ v3 ✕ ✕
Outil interne ● ● ● ● ◐ ◐

Chaque case est expliquée dans la page du scénario correspondant. Les symboles ne remplacent pas la lecture : un ◐ peut cacher une contrainte d’ingénierie lourde, et un ● ne dispense jamais de l’attribution.

Ce que cette section n’est pas

Elle ne remplace pas un avis juridique. Le droit des licences libres repose sur le droit d’auteur, qui est national ; la notion d’« œuvre dérivée » n’a pas de définition jurisprudentielle stabilisée en Europe pour le logiciel, et les positions des auteurs de licences — notamment sur la liaison — ne sont pas du droit positif. Là où une question est disputée, la page le dit.

Elle ne traite pas non plus de votre processus interne : la politique de licences, les listes blanche/grise/noire, le registre des exceptions et les livrables d’attribution sont dans Propriété intellectuelle.

Le rapport avec le CRA

Le règlement (UE) 2024/2847 n’impose pas la conformité aux licences. Il la rend mesurable, et il en fait un sujet de diligence :

  • l’inventaire obligatoire (annexe I, partie II, point 1) porte les identifiants de licence : pour la première fois, la conformité juridique devient calculable à l’échelle du portefeuille ;
  • la diligence sur les composants tiers (art. 13, paragraphe 5) inclut l’examen de la licence, au même titre que la maintenance et l’historique de sécurité ;
  • l’obligation de remonter les correctifs à l’amont (art. 13, paragraphe 6) suppose une politique de contribution qui autorise vos ingénieurs à publier du code ;
  • la période de support de cinq à dix ans impose de conserver le code source correspondant et la chaîne de compilation — exactement ce que la GPL exige par ailleurs.

Autrement dit : le travail de conformité CRA et le travail de conformité aux licences partagent leurs artefacts. Les mener séparément, c’est les payer deux fois.

Par où commencer

Dans cette section

  • Transverse

    Les familles de licences

    Domaine public, permissives, copyleft faible par fichier ou par bibliothèque, copyleft fort, copyleft réseau, source-available, licences de contenu : ce que chacune impose réellement.

  • Transverse

    Ce qui déclenche une obligation

    Distribution, interaction réseau, œuvre dérivée, liaison statique ou dynamique, simple agrégation, produit de consommation, brevets : les huit mécanismes qui font qu'une licence mord — ou pas.

  • Transverse

    Neuf scénarios de distribution

    Le même composant, neuf contextes : ce qui change, ce qui se déclenche, et le verdict par famille de licences pour chaque type de produit.

  • Transverse

    Les pièges qui échappent à la matrice

    Changement de licence en amont, absence de licence, code copié, code généré par IA, assets, CLA, incompatibilités mutuelles : ce que la grille famille × scénario ne montre pas.