Outil interne

Outillage de développement, tableaux de bord, scripts d’exploitation, applications métier utilisées uniquement par les salariés.

Ce qui se passe réellement

Question Réponse
Un tiers reçoit-il le logiciel sous forme exécutable ? Non
Un tiers interagit-il avec lui par un réseau ? Non — les salariés ne sont pas des tiers
Le produit est-il un bien de consommation ? Non

Aucun mécanisme de copyleft ne se déclenche. C’est le scénario le plus libre.

Le verdict par famille

Famille Verdict Raison
Permissive Attribution non due faute de distribution, mais bonne pratique de créditer
Copyleft faible (MPL, EPL, LGPL) Pas de distribution, pas de réciprocité
Copyleft fort (GPL) La GPL ne se déclenche qu’à la distribution
Copyleft réseau (AGPL) Voir ci-dessous
Source-available (BSL, SSPL, ELv2) Lire les restrictions : certaines visent l’usage, pas seulement la revente

Le cas de l’AGPL

L’article 13 vise « tous les utilisateurs qui interagissent à distance par un réseau ». Rien n’exclut les salariés. Une lecture stricte impose donc, pour un outil interne AGPL modifié, d’offrir le code source aux utilisateurs internes.

En pratique c’est indolore : publier le source sur le dépôt interne suffit. Mais l’obligation existe, et elle mérite d’être connue plutôt que découverte.

Les licences source-available

Contrairement au copyleft, elles restreignent parfois l’usage lui-même, sans qu’il y ait distribution :

  • une BSL-1.1 interdit typiquement l’usage en production au-delà de la concession additionnelle accordée par l’éditeur ;
  • une Elastic License 2.0 interdit de fournir le produit en service managé, ce qui peut couvrir une plateforme interne mutualisée entre filiales ;
  • Commons Clause retire le droit de vendre, mais pas celui d’utiliser.

Il faut donc les lire, alors même que le scénario est le plus permissif de tous.

Le seul vrai risque : la frontière bouge

C’est la totalité du risque de ce scénario, et il est réel.

Événement Effet
L’outil interne devient un produit Tous les mécanismes se réveillent d’un coup
L’outil est déployé chez un client ou un partenaire Distribution
L’outil est transmis à une filiale, personne morale distincte Distribution — une filiale est un tiers
Un prestataire externe reçoit le binaire Distribution
L’image de conteneur est publiée sur un registre public Distribution
L’outil est ouvert à des utilisateurs externes, même gratuitement L’AGPL se déclenche

Le point sur la filiale surprend souvent : la distribution intra-groupe entre deux personnes morales distinctes est une distribution au sens des licences libres. La consolidation comptable n’a aucun effet ici.

La recommandation. Appliquer malgré tout la politique de licences aux outils internes, au moins en mode avertissement. Non pas parce que l’obligation existe aujourd’hui, mais pour que la promotion en produit ne se heurte pas, deux ans plus tard, à un composant impossible à retirer.

Ce que le CRA ajoute

Un outil interne n’est pas un produit comportant des éléments numériques : il n’est pas mis sur le marché. Il sort du champ du règlement — voir Le périmètre.

Cela ne signifie pas qu’il échappe à toute exigence : les outils de la chaîne de construction participent à la sécurité des produits que vous mettez sur le marché, et relèvent à ce titre de la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement.